J’ai treize ans et il en a seize. Lui, c’est Gilbert, mon cousin. Toute une génération, tout un monde nous sépare. Il fait partie du cercle familial et pourtant il ne me voit même pas. Je suis invisible mais je crois lancer quelques signaux. Je me débats dans le paradoxe: je veux qu’il me remarque mais je ne veux pas qu’il flaire un quelconque manège.
Il est magnifique, grand et mince, musclé. Le moindre rayon de soleil s’attarde sur sa peau et lui lègue un hâle qui me bouleverse et qui n’arrange rien à l’affaire. Il va, à l’aise, promenant sa satisfaction de séducteur et ses incertitudes. Il doit passer un examen mais doute de ses capacités. Je le sais parce que ses parents et les miens sont inquièts pour lui. Je voudrais le rassurer, lui dire qu’il ne peut que réussir mais je ne sais même pas s’il me reconnaîtrait. Connait-il seulement le son de ma voix?
Un dimanche matin, je suis chez ma tante. Il est là lui aussi. Comme le cercle est restreint, ses yeux s’attardent un moment sur moi. Ai-je rêvé? Sûrement, j’étais dans son champ de vision, il m’a vue sans me regarder.
Il baille largement, s’étire. Les muscles de ses bras animent le tissu léger de sa chemise. Un sourire, c’en est bien un, étire sa bouche adorée et …….ses yeux dans les miens, oui les miens, il lance sans prévenir: “Tu es drôlement jolie aujourd’hui, si tu n’étais pas ma cousine…………..”. Je reste là, plantée, impénétrable. A l’intérieur, c’est le charivari.
Ce jour là, j’ai grandi d’un coup et ai balayé mon trop plein de complexes, le trop plein seulement, il en restait bien une demi tonne. Il ne m’a plus jamais adressé la parole mais il a définitivement orienté mes démarches avec les hommes.